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HISTOIRE SOCIO-TECHNIQUE DE LA SOUDURE AU CAMEROUN (Des Origines à l'Ère Contemporaine)
/1. Introduction générale
Objectif et portée du travail
Ce travail vise à retracer l’évolution de la soudure au Cameroun comme fait technique, industriel et social.
La soudure y est considérée non comme un simple procédé, mais comme un indicateur structurant de l’industrialisation, révélateur des politiques publiques, des transferts technologiques et des dynamiques de formation professionnelle.
L’étude couvre une longue durée, des pratiques métallurgiques anciennes aux formes contemporaines normées, en intégrant secteurs formels et informels.
Pourquoi écrire une histoire de la soudure au Cameroun
La soudure demeure largement absente des récits industriels nationaux, alors même qu’elle conditionne la réalisation des infrastructures ferroviaires, portuaires, énergétiques et pétrolières.
Cette invisibilité contraste avec son rôle central dans l’économie quotidienne, des grands complexes industriels aux ateliers artisanaux urbains.
Écrire cette histoire répond aussi à un enjeu actuel : comprendre les débats contemporains sur la formation technique, la certification et la souveraineté industrielle à partir de trajectoires historiques concrètes
Positionnement entre histoire technique, industrielle et socio-économique
L’approche adoptée croise trois niveaux.
L’histoire technique analyse l’introduction et la diffusion des procédés de soudage selon les contextes d’usage.
L’histoire industrielle met en relation la soudure avec les grandes phases économiques : période coloniale, État développeur, crise et informalisation, puis retour des projets normés.
L’histoire socio-économique éclaire enfin les acteurs du métier : ouvriers qualifiés, artisans, formateurs, souvent absents des archives institutionnelles.
Méthodologie utilisée
La recherche repose sur le croisement de sources complémentaires.
Des archives industrielles et administratives permettent d’identifier besoins techniques, projets et cadres institutionnels.
Les témoignages d’anciens praticiens apportent une compréhension fine des pratiques réelles, des modes d’apprentissage et des conditions de travail.
Les documents de projets et de formation éclairent l’évolution des standards et des exigences de qualification.
Objectifs et angle d’approche
But : retracer l’évolution des techniques, des acteurs, des institutions et des usages industriels et civils de la soudure au Cameroun.
Approche : croiser histoire technique, histoire sociale du travail, histoire économique et histoire des politiques de formation professionnelle.
Cadre chronologique proposé
Période précoloniale et artisanale : forge, martelage, assemblages par rivetage et brasure.
Période coloniale : introduction des procédés oxyacétyléniques et à l’arc via infrastructures coloniales.
Période post‑indépendance 1960 - 1990 : industrialisation, ateliers publics et privés, premières écoles techniques.
Période contemporaine 1990 - présent : professionnalisation, normalisation, centres de formation récents et partenariats internationaux.
Limites des sources et biais historiques
Les archives disponibles privilégient souvent les points de vue institutionnels, au détriment des travailleurs.
Les récits oraux comportent des biais de mémoire et nécessitent un recoupement critique.
Le secteur informel, central depuis les années 1990, laisse peu de traces écrites, imposant une reconstruction partielle.
Ces limites soulignent le caractère fragmentaire mais indispensable de cette histoire, reflet des trajectoires industrielles camerounaises.

2. Racines pré-industrielles du travail des métaux (avant 1900)
La Période Pré-industrielle et Coloniale (Avant les années 1960) Les Fondations Exogènes
Les techniques d'assemblage métallique pré-coloniales :
Forge traditionnelle (notamment chez les peuples du Nord et de l'Ouest) : travail du fer, techniques de chauffage et martelage pour l'assemblage.
Limite conceptuelle : pas de fusion des métaux de base, mais un savoir-faire métallurgique ancré.
L'introduction de la soudure moderne à l'ère coloniale (allemande puis française/britannique) :
Période allemande (1884 - 1916) : Premières apparitions limitées pour l'entretien du matériel ferroviaire (projet du Nordbahn), des navires et des infrastructures administratives. Soudeurs expatriés.
Proto-soudure et métallurgie traditionnelle
Avant toute industrialisation, les sociétés du Cameroun maîtrisaient déjà des savoirs métallurgiques. Ces pratiques ne relevaient pas de la soudure moderne par fusion, mais d’assemblages thermiques et mécaniques capables d’assurer solidité, réparabilité et durabilité. Elles constituent une proto-forme fonctionnelle de soudure, inscrite dans un environnement technique cohérent.
Métallurgie du fer chez les peuples bantous et soudano-saheliens
Dans les régions forestières bantoues comme dans les zones soudano-saheliennes, la production du fer reposait sur l’extraction locale du minerai, la réduction en bas fourneau, puis la transformation par forge. Ces chaînes opératoires témoignaient d’une compréhension empirique des températures, des scories et de la malléabilité des alliages. Le métal produit alimentait outils agricoles, armes, éléments architecturaux et objets rituels.
Techniques de forge, martelage et assemblage à chaud
Les forgerons pratiquaient le martelage à chaud, la brasure primitive et l’assemblage par emboîtement chauffé. Par superposition de pièces portées à haute température, puis battues jusqu’à cohésion, ils obtenaient une continuité mécanique proche d’un joint soudé. Ces techniques exigeaient précision gestuelle, contrôle thermique et sens du matériau.
Fonctions sociales et économiques du forgeron
Le forgeron occupait une position centrale. Producteur d’outils, réparateur, parfois médiateur rituel, il reliait économie, pouvoir et symbolique. Son atelier constituait un pôle productif local, garantissant autonomie matérielle et continuité des activités agricoles, militaires ou artisanales.
Transmission du savoir par lignage et initiation
Les connaissances métallurgiques se transmettaient par lignage, apprentissage long et initiation progressive. Le secret technique protégeait la maîtrise du feu et du métal, assurant reproduction sociale du métier. Cette transmission structurée explique la persistance de gestes et de logiques techniques sur plusieurs siècles.
Continuité culturelle
Ces pratiques pré-industrielles forment un socle technique et culturel. Elles expliquent l’appropriation rapide des procédés modernes ultérieurs, non comme rupture totale, mais comme prolongement transformé d’un rapport ancien au métal.
3. Introduction des techniques modernes durant la période coloniale (1900 - 1960)
Premiers usages industriels
Entre 1900 et 1960, la soudure moderne apparaît au Cameroun comme une technique importée, directement liée aux besoins de l’administration coloniale. Elle accompagne l’installation d’infrastructures lourdes et marque une rupture nette avec les usages strictement artisanaux du métal.
Infrastructures coloniales comme vecteurs techniques
Les chemins de fer constituent le premier terrain d’implantation. L’entretien des rails, du matériel roulant et des ponts métalliques impose des procédés d’assemblage plus rapides que le rivetage.
Les ports, notamment ceux de Douala et Victoria, exigent des réparations navales, des structures de quai et des cuves métalliques.
Les ateliers mécaniques coloniaux centralisent ces activités. Ils deviennent des lieux d’expérimentation technique, mais restent fermement contrôlés par l’encadrement européen.
Périodes française et britannique (1916 - 1960) : Développement des infrastructures comme principal vecteur.
Le chemin de fer (Yaoundé-Douala, Transcamerounais) : ateliers de maintenance, premiers soudeurs africains formés "sur le tas".
Les ports (Douala, Victoria) : chantiers navals et réparations.
L'industrie agro-alimentaire (huileries, brasseries) : maintenance des cuves et installations.
Technologies dominantes : Soudure à l'arc manuel avec électrodes enrobées, oxyacétylénique (découpe et soudure).
Un savoir contrôlé : Absence de formation structurée. Le savoir se transmet par compagnonnage rudimentaire. La soudure reste une compétence rare, détenue par quelques ouvriers spécialisés dans les grandes entreprises coloniales ou l'armée.
Arrivée du soudage oxy-acétylénique
La diffusion du soudage oxy-acétylénique marque une étape décisive. Cette technologie, plus mobile et adaptable, permet découpe et assemblage précis des aciers. Elle s’impose dans la maintenance industrielle avant l’extension progressive de la soudure à l’arc. Son usage reste toutefois limité aux chantiers stratégiques.
Formation empirique des premiers soudeurs locaux
Les premiers soudeurs camerounais sont formés sur le tas, par observation et répétition. Aucun dispositif structuré n’existe. L’apprentissage repose sur l’assistanat technique, sans accès aux principes métallurgiques ni aux normes de qualité. La compétence demeure pratique, rarement théorisée.
Dépendance aux techniciens européens
La maîtrise complète des procédés reste entre les mains de techniciens expatriés. Les soudeurs locaux occupent des positions subalternes, exécutant sans concevoir. Cette dépendance limite l’autonomie technique et retarde l’émergence d’un corps professionnel local reconnu.
Naissance d’un outil industriel
Durant cette période, la soudure cesse d’être un prolongement artisanal du travail du métal. Elle devient un outil industriel stratégique, intégré aux infrastructures coloniales, mais encore détaché d’une appropriation locale pleine et durable.

4. La soudure dans le Cameroun post-indépendance (1960 - 1980)
Industrialisation naissante
Après 1960, le Cameroun engage une phase d’industrialisation portée par l’État. La soudure accompagne cette dynamique comme compétence indispensable aux infrastructures nouvelles, sans encore bénéficier d’un cadre professionnel autonome.
Création d’entreprises publiques
Les secteurs de l’énergie, du transport et de la construction métallique structurent la demande. Barrages, réseaux électriques, chemins de fer et bâtiments industriels requièrent une main-d’œuvre capable d’assembler et réparer des structures en acier. Les entreprises publiques deviennent les principaux employeurs de soudeurs formés sur site.
Introduction du soudage à l’arc électrique
Le soudage à l’arc manuel avec électrodes enrobées s’impose progressivement. Plus robuste et polyvalent, il permet de répondre aux contraintes des chantiers lourds. Cette technologie élargit les champs d’intervention du soudeur, tout en renforçant la dimension technique du métier.
Rôle des grands chantiers nationaux
Les grands chantiers constituent de véritables écoles pratiques. Les soudeurs y acquièrent une expérience intensive, confrontée aux exigences de production continue. La compétence se construit par répétition et adaptation, souvent sans documentation formelle.
Les Décennies de l'État Développeur (1960 - 1980) Institutionnalisation et Expansion
Le boom des grands travaux et l'essor de la demande :
Construction du barrage d'Edéa (EDC) et des infrastructures sidérurgiques associées.
Développement du complexe portuaire de Douala.
Le rôle crucial des soudeurs dans l'assemblage des rails et du matériel roulant.
L'épopée ALUCAM (Edéa) : L'installation des cuves d'électrolyse dans les années 50, premier grand chantier de soudure industrielle lourde.
Lancement du pipeline Tchad-Cameroun (années 80) et du projet de la SONARA (Raffinerie de Limbe) : introduction des procédures de soudure qualifiante (ASME, API) et de contrôles non destructifs (radiographie, ultrasons).
L'Office National des Chemins de Fer du Cameroun (Régifercam/ONCF) devient un pôle majeur de formation et d'emploi pour les soudeurs.
La structuration de la formation professionnelle :
Création des lycées techniques industriels (Lycée Technique de Douala, de Nkongsamba...).
Influence des modèles de formation : coopération française (AFPA), héritage britannique au Sud-Ouest.
Émergence d'un corps professionnel national de soudeurs qualifiés.
La cristallisation d'une géographie industrielle :
Pôles principaux : Douala (port, industries, chantiers navals), Yaoundé (ateliers publics, chemins de fer), Limbe (raffinerie), Edéa (aluminium, barrage).
Secteurs clés : BTP, industries agro-alimentaires, transport, énergie.
Absence de normes locales structurées
Malgré cette montée en compétence, aucun système national de normes, de qualification ou de certification n’émerge réellement. La qualité dépend de l’encadrement interne et de l’expérience individuelle. La soudure reste perçue comme métier d’exécution, essentielle mais subordonnée.
Statut du métier
Durant cette période, la soudure devient incontournable pour l’industrialisation, mais sans reconnaissance professionnelle formalisée. Elle demeure un pilier silencieux du développement technique, encore éloigné du statut de profession normée.
5. Expansion industrielle et pétrolière (1980 - 1995)
Âge charnière
Entre 1980 et 1995, le Cameroun entre dans une phase décisive. L’essor pétrolier transforme la soudure en activité à forts enjeux techniques, où l’erreur devient synonyme de risque industriel.
L'impact des Plans d'Ajustement Structurel (années 90) :
Désengagement de l'État, effondrement de nombreux grands projets, chômage technique dans les grandes entreprises.
Phénomène majeur : La migration des compétences du secteur formel vers le secteur informel. Explosion des "ateliers de soudure" de quartier.
Boom pétrolier et gazier
L’exploitation accrue des hydrocarbures impose des exigences nouvelles. Raffinage, pipelines et bacs de stockage requièrent des assemblages capables de résister à pression, température et corrosion. La soudure quitte le registre courant pour entrer dans celui des installations critiques.
Besoin accru de soudeurs qualifiés
La complexité des ouvrages provoque une demande soutenue en soudeurs expérimentés. La simple maîtrise gestuelle ne suffit plus. Le contrôle des paramètres, la lecture de plans et la compréhension des contraintes mécaniques deviennent indispensables.
L'âge d'or de l'atelier artisanal et de la débrouille innovante :
La soudure comme technologie d'empowerment économique. Fabrication de portails, balcons, meubles, pièces de rechange, "bendskins" (tricycles motorisés).
Appropriation et hybridation : Adaptation créative des techniques et des matériaux. Le soudeur-artisan devient une figure centrale de l'économie populaire urbaine et rurale.
Apparition des premières formations techniques formelles
Face à ces besoins, émergent les premières formations techniques structurées. Elles restent limitées en nombre, souvent adossées à des projets industriels précis. L’apprentissage s’oriente vers la qualification opérationnelle plutôt que vers une professionnalisation complète.
Dépendance aux standards étrangers
Les projets pétroliers introduisent des référentiels internationaux. Les procédures, qualifications et contrôles s’appuient sur des standards importés. L’absence de cadre national renforce la dépendance technique et normative.
Soudure critique
Cette période marque le début de la soudure critique, directement liée à la sécurité industrielle. Le métier gagne en responsabilité, sans encore disposer d’une reconnaissance institutionnelle équivalente.
6. Structuration de la formation et professionnalisation partielle (1995 - 2010)
Entre formel et informel
Entre 1995 et 2010, le Cameroun connaît une phase de transition. La soudure se diffuse largement, mais selon des trajectoires contrastées, partagées entre dispositifs formels et pratiques informelles.
La crise économique et l'informalisation : Comment la soudure à l'arc est devenue un levier d'auto-emploi massif dans les villes (fabrication de portails, de lits en fer, de charpentes).
L'apprentissage sur le tas : Analyse de la transmission du savoir-faire en dehors des circuits académiques classiques.
La problématique de la sécurité : L'absence historique de protections (masques, gants) et son impact sanitaire sur une génération d'artisans.
Lycées techniques et centres de formation
Les lycées techniques et centres spécialisés renforcent l’offre de formation. Ils introduisent bases théoriques, gestes normés et notions de sécurité. Toutefois, équipements limités et programmes parfois décalés réduisent l’adéquation avec les besoins industriels réels.
Apprentissage privé non réglementé
Parallèlement, l’apprentissage privé se développe fortement. Les ateliers de quartier forment rapidement une main-d’œuvre abondante. Cette filière privilégie l’efficacité immédiate, mais néglige souvent traçabilité des compétences et prévention des risques.
Dualité terrain versus certification
Une fracture apparaît entre expérience pratique et reconnaissance officielle. De nombreux soudeurs compétents restent sans certification, tandis que des diplômes formels n’assurent pas toujours une maîtrise opérationnelle complète.
Émergence du soudeur polyvalent
Face à cette dualité, émerge la figure du soudeur polyvalent, capable d’intervenir sur divers matériaux et procédés. Cette adaptabilité devient un atout majeur dans un marché instable.
Tension structurelle
Cette période révèle une tension durable entre quantité de main-d’œuvre disponible et qualité technique exigée, freinant une professionnalisation pleinement cohérente.

7. Influence des normes internationales et projets EPCCS (2010 - 2020)
Mondialisation du métier
Entre 2010 et 2020, la soudure au Cameroun entre pleinement dans une logique mondialisée. Les projets EPCCS imposent des exigences techniques élevées, alignées sur des référentiels internationaux, modifiant profondément les pratiques locales.
Projets industriels majeurs
Grands chantiers énergétiques, infrastructures pétrolières, ouvrages industriels complexes structurent cette période. Ces projets exigent traçabilité, documentation et conformité stricte des assemblages, plaçant la soudure au cœur de la performance industrielle.
Grands Projets Structurants : Le pipeline Tchad-Cameroun, les barrages de Lom Pangar et Memve'ele.
Introduction progressive des normes
Les référentiels API, AWS/ASME et ISO deviennent incontournables. Ils encadrent procédures, qualifications et contrôles. Leur adoption améliore la sécurité et la qualité, mais crée aussi une sélection technique exigeante, difficile d’accès sans formation spécifique.
Besoin d’inspecteurs et superviseurs soudage
La montée normative génère une demande nouvelle en inspecteurs et superviseurs. Dans ce contexte, la création de la Cameroon Welding Association (CWA) marque une étape structurante.
Son adhésion à l’International Institute of Welding (IIW) en 2015 ouvre plusieurs avantages :
alignement sur les standards internationaux,
accès aux référentiels techniques et pédagogiques,
reconnaissance des compétences locales à l’échelle mondiale,
facilitation des parcours de certification et de mobilité professionnelle.
Sous-traitance étrangère dominante
Malgré ces avancées, la sous-traitance étrangère demeure prédominante sur les projets critiques. Les entreprises internationales contrôlent conception, supervision et qualification, reléguant souvent les soudeurs locaux à des rôles exécutifs.
Barrière normative
Cette période confronte le soudeur camerounais à une barrière normative réelle. La compétence pratique ne suffit plus. L’accès aux normes, à la certification et à la supervision devient la clé de l’intégration industrielle durable.
Premiere participation a la Coupe du Monde de soudage en Chine et Medaille de bronze en 3eme place face a 28 autres nations.

8. Défis structurels contemporains
Lecture critique
À l’époque actuelle, la soudure au Cameroun révèle des fragilités profondes. Le métier reste central pour infrastructures et maintenance, pourtant son organisation demeure incomplète, créant un décalage durable entre enjeux industriels et capacités locales.
Absence d’un cadre national de qualification
Aucun référentiel national unifié ne définit clairement niveaux de compétence, parcours ou équivalences. Les qualifications reposent sur initiatives isolées, souvent liées à projets ponctuels. Cette dispersion freine lisibilité du métier et mobilité professionnelle.
Manque de reconnaissance professionnelle
Le soudeur conserve une image d’exécutant. Rémunérations instables, statuts précaires et faible visibilité institutionnelle limitent attractivité du métier. Cette situation décourage spécialisation et montée en expertise.
Faible articulation formation industrie
Les dispositifs de formation peinent à suivre évolution technologique. Les entreprises recherchent des compétences opérationnelles immédiates, tandis que les centres délivrent parfois des profils insuffisamment adaptés aux exigences normatives et productives.
Problèmes de sécurité et de qualité
Dans de nombreux contextes, prévention des risques reste marginale. Équipements inadaptés, absence de contrôle et pratiques empiriques exposent travailleurs et ouvrages à des défaillances graves.
Maillon faible stratégique
Ces faiblesses cumulées font de la soudure un maillon faible stratégique. Sans réforme coordonnée, ce métier essentiel continue de limiter performance industrielle et sécurité des projets nationaux.
9. Initiatives récentes et dynamiques de réforme (2020 aujourd’hui)
Vers une renaissance industrielle
Depuis 2020, la soudure au Cameroun entre dans une phase de recomposition. Face aux limites structurelles héritées, acteurs publics et privés engagent des réformes orientées vers performance, sécurité et reconnaissance professionnelle.
Projets de centres d’excellence
Des projets de centres d’excellence émergent afin d’élever le niveau technique. Ces structures visent équipements modernes, formateurs certifiés et liens directs avec industrie. L’objectif consiste à produire une main-d’œuvre capable de répondre aux projets complexes sans dépendance systématique externe.
Harmonisation des certifications
La dynamique actuelle cherche une harmonisation des certifications. L’alignement avec référentiels internationaux favorise lisibilité des compétences, mobilité professionnelle et crédibilité des profils locaux sur marchés régionaux et mondiaux.
Approche chaîne complète
Une évolution majeure réside dans l’approche chaîne complète, intégrant :
conception,
fabrication,
soudage,
inspection.
Cette logique rompt avec une vision fragmentée du métier. Le soudeur devient un acteur intégré du processus industriel, conscient des exigences amont et aval.
Rôle des acteurs locaux et diasporiques
Les professionnels locaux, appuyés par la diaspora technique, jouent un rôle moteur. Transfert d’expertise, mentorat et structuration associative accélèrent la professionnalisation.
Dans cette dynamique, la création en 2024 du Syndicat des chaudronniers et métiers connexes du Cameroun marque une avancée significative. Ce syndicat vise défense des intérêts, structuration du métier et dialogue avec institutions et industriels.
Transition stratégique
Ces initiatives traduisent un passage progressif d’un métier largement informel vers une profession industrielle structurée, capable de soutenir une renaissance productive durable.

